Samedi matin, 10h. La porte du Borough Community Hall s'ouvre, et apparaît un monsieur en bonnet, avec un sourire grand comme la Gaspésie. « Bonjour les amis, je suis le grand-père de Margot, je m'appelle Jean-Pierre, et je viens du Québec ! » Émoi général chez les Moyens Bouts, qui ne s'attendaient pas du tout à cette intrusion sonore en plein atelier d'écriture.
Margot (7 ans) avait préparé le coup avec sa maman : son grand-père Jean-Pierre était de passage à Londres pour quatre jours, et il avait absolument tenu à « voir l'école où sa petite-fille apprend le français comme du monde ». Amélie avait accepté avec joie, et a transformé la matinée en escale impromptue de l'autre côté de l'Atlantique.
Une heure de québécois pour les oreilles londoniennes
Jean-Pierre a commencé par raconter, avec un accent qui faisait fondre toute la salle, comment c'était de vivre à Trois-Rivières en hiver. « Quand y'a deux mètres de neige, faut sortir avec ses raquettes pour aller chercher le pain ! » Les enfants ont halluciné. Léopold a demandé si on pouvait faire la course en raquettes. Jean-Pierre a dit oui, mais qu'il fallait « être ben équipé, là ».
Puis vint le vocabulaire. Jean-Pierre avait préparé une mini-leçon improvisée sur les expressions québécoises que les enfants n'avaient jamais entendues à l'école :
- « C'est ben le fun » = c'est très chouette
- « Tabarnouche ! » = oh là là (version polie)
- « Y mouille à boire debout » = il pleut très fort
- « Avoir de la broue dans le toupet » = être très débordé
- « Magasiner » = faire les magasins
- « Une laveuse » = une machine à laver
- « Un breuvage » = une boisson (ce qui a beaucoup amusé Léopold qui croyait que c'était une potion)
« Mais alors, si j'habitais au Québec, je devrais dire « j'ai mis mon char dans le stationnement » au lieu de « j'ai garé la voiture sur le parking » ? — Exactement, ma belle, mais c'est pas grave, t'apprends ! » — Margot, en pleine prise de conscience interculturelle, à 7 ans.
Une chanson à la fin
Et puis, parce que tous les bons moments se terminent en musique, Jean-Pierre a sorti une petite guitare de son sac (il avait tout prévu) et a chanté « Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver », le grand classique de Gilles Vigneault. Les Moyens Bouts ont repris le refrain à la deuxième écoute, avec ce mélange d'application et de bonheur qu'ont les enfants quand ils découvrent qu'une langue, ça peut chanter aussi.
Ce qu'on retient
- Le français du Québec n'est pas un sous-français, c'est une autre couleur de la même langue
- Que Gilles Vigneault, c'est un poète qu'on continue de chanter 60 ans après ses chansons
- Que la Gaspésie, c'est dans le golfe du Saint-Laurent (consulter la carte au mur en rentrant)
- Que les grands-parents francophones de passage sont la plus belle ressource pédagogique imaginable — et qu'on ne demande pas assez aux familles d'en faire profiter l'école
Si dans votre famille un grand-parent, oncle, tante ou ami francophone passe à Londres, prévenez-nous. Une heure de visite peut transformer une matinée d'école en moment qu'on raconte vingt ans plus tard.
Merci Jean-Pierre. Et reviens quand tu veux — tabarnouche, on t'a adopté.